La base de la science systémique qu’est la permaculture repose sur l’identification d’éléments et de fonctions. Pour « faire système », ces éléments et ces fonctions sont reliés entre eux, et la qualité de ces liens est une dimension primordiale de la robustesse du système. Dans un système éducatif, les éléments sont généralement des êtres humains. La qualité des liens est donc directement liée à la capacité à gérer les conflits qui peuvent être nombreux, et portent tous en eux un germe commun : le surgissement d’une émotion « désagréable » (colère, peur, tristesse, dégoût) dont découle l’expression du jugement sur l’autre.

Comment la CNV peut-elle nous aider à renforcer les liens ?

Cela fera bientôt 10 ans que j’ai rencontré (et commencé à pratiquer) la Communication Non-Violente (CNV), au début à travers les écrits de Marshall B. Rosenberg (Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs), La découverte), puis en suivant une formation à la parentalité non-violente avec Faber et Mazlish (Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, aux éditions du Phare). Ces outils permettant de s’extraire des miasmes du jugement, de la culpabilisation et de la frustration me semblent indissociables d’une pratique éducative émancipatrice.

La CNV présente l’être humain comme étant avant tout tourné vers la satisfaction de ses besoins élémentaires : reconnaissance, estime de soi, etc… Nos stratégies du quotidien visent toutes à « nourrir le vivant qu’il y a en nous », d’une manière parfois respectueuse des autres et de leurs propres besoins, mais parfois aussi d’une manière « tragique et maladroite ». Prendre conscience de nos émotions et de nos sensations, qui sont de véritables indicateurs du degré de satisfaction de nos besoins (ce qui correspond au feedback dans la démarche de conception en permaculture) nous permet de mettre en place une pratique d’écoute empathique (observation) ou d’auto-empathie (auto-observation), d’imaginer des stratégies (formuler une demande) et finalement d’accéder à une meilleure qualité de relation (=aggradation du système).

On peut faire un parallèle entre les plantes bio-indicatrices, présentes naturellement dans le système et qui nous informent sur des dysfonctionnement ou des caractéristiques propres à ce système (sol tassé, hydromorphe, ou excès d’azote par exemple), et les émotions et les sentiments, qui sont des bio-indicateurs de besoins non-résolus, voire non-conscientisés. Tout comme les plantes bio-indicatrices n’apparaissent pas par hasard, et ont généralement une action « corrective » dans le système (décompacter le sol, assécher, pomper l’azote pour reprendre les exemples précédents), les émotions et les sentiments viennent de la même manière « soigner » quelque-chose en nous. Accompagner le vivant, c’est donc accueillir ces émotions et mettre de la conscience sur les besoins non-résolus qui se cachent derrière. Si on pousse la comparaison encore plus loin on peut s’interroger sur la notion de « niche émotionnelle » ou de « niche sentimentale », et se demander si l’on pourrait imaginer transférer certyaines émotions ou les sentiments spontanés par d’autres qui pourraient s’y substituer tout en venant remplir la même « niche ».

En tout état de cause, l’action du designer ne sera pas de chercher (et encore moins de proposer) une « solution » à la situation particulière lorsqu’elle se présente, mais d’une part de concevoir des espaces qui permettront simplement d’accueillir les besoins, et d’améliorer la capacité de chacun à accueillir les jugements des autres. On s’intéresse donc avant tout au « quoi » et au « comment », en se détournant volontairement du « pourquoi ». Notre outil ultime pour cela est l’écoute empathique, qui n’est en aucun cas synonyme de sympathie (j’adhère à ce qu’exprime l’autre) ou d’antipathie (je suis en désaccord avec ce qu’exprime l’autre). Par effet miroir, chacun prend tout doucement confiance en soi et devient capable de mieux accueillir le jugement des autres pour ce qu’il est en réalité : l’expression de leur propre besoin.

Pour aller plus loin : le site de l’association DECLIC CNV & Education

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