Comme nous l’avons vu ici et , les découvertes récentes des neurosciences nous permettent de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau humain, et de développer un environnement apprenant qui soit plus propice aux apprentissages. En guise de mode d’emploi : 1.- S’appuyer d’abord sur les dispositions spontanées de l’enfant dès sa naissance : le jeu, la curiosité, l’enthousiasme. 2.- Se mettre ensuite à l’écoute de ses émotions et l’aider à construire un rapport apaisé à l’erreur afin de l’aider enfin à cultiver sa soif d’expérimenter et d’apprendre tout au long de sa vie.

Mais ces connaissances ne sont pas uniquement interprétées et utilisées dans le seul but de développer une société basée sur la bienveillance et l’empathie. Tout comme les connaissances nouvelles sur les plantes et leurs besoins ont suscité de grands bouleversements dans le modèle agricole au cours du XXème siècle, l’entraînant dans la voie de l’industrialisation par l’avènement d’une vision fragmentaire du monde et le développement d’une approche fonctionnelle et utilitariste du vivant, les avancées récentes des neurosciences donnent des possibilités nouvelles aux tenants du paradigme rationnel-industriel de ce début de XXIème siècle, ceux-ci se livrant une guerre économique sans merci avec comme enjeux majeurs la captation de l’attention et la modification des comportements humains, guerre dont les principales victimes sont… nos propres enfants.

Bienvenue dans le monde joyeux du persuasive design

J’ai découvert le sujet des technologies séductives il y a 5 ans un peu par hasard, en tombant sur cet article du Huffington Post : l’auteur y comparait le comportement des humains sur leur téléphone portable ou leur tablette à celui des rats de laboratoire dans les expériences de « conditionnement opérant » réalisées par le psychologue B.F. Skinner dans les années 60. L’idée est assez simple : c’est le caractère régulier ET aléatoire des « alertes » reçues par l’utilisateur qui déclenche une transformation complète de son comportement, jusqu’à rendre les individus « obsessionnels, tristes et désespérés ». « Notre compulsion à le faire », dit-il, « tout comme celle des rats de Skinner, est alimentée par ce qui suit :

  • Facilité. Si votre seule façon de pouvoir lire un courriel était de courir d’abord un kilomètre, la notion d’urgence s’évanouirait rapidement. Les êtres humains font sans cesse un effort subconscient : estimer la récompense. Taper sur un clavier est la plus facile des tâches physiques.
  • Récompense irrégulière. La plupart des courriels sont ennuyeux, la plupart des SMS sont sans intérêt, la plupart des notifications sur Facebook sont futiles. Mais assez de ces médias électroniques offrent une récompense suffisante à une fréquence juste assez aléatoire pour que le petit effort de taper sans cesse sur un clavier ait presque l’air de valoir le coup. »

« Comment en sommes-nous arrivés là ? », s’interroge l’auteur. Par le développement des « technologies séductives ». Pour les décrire, je reprends ici de (longs) fragments d’une excellente tribune « The Tech Industry’s War on Kids » du docteur Richard Freed qui a été initialement publiée sur la plateforme américaine « Medium » en mars 2018. Richard Freed, psychologue de l’enfant et de l’adolescent, exerce dans la Silicon Valley. Sa tribune a été traduite par le site La Vie Moderne sous le titre « Les nouvelles technologies en guerre contre nos enfants ». Pour celles et ceux qui s’intéressent à ce sujet, je vous invite à lire l’article en intégralité.

« Les technologies séductives (en anglais persuasive design) fonctionnent en créant à dessein des environnements numériques qui ont pour vocation de donner à leurs utilisateurs le sentiment de satisfaire – mieux que ne feraient les alternatives du monde réel – leurs pulsions humaines les plus fondamentales : appartenir à un groupe ou bien réaliser des objectifs. Les enfants passent un nombre incalculable d’heures à fréquenter les réseaux sociaux ou à jouer à des jeux vidéo, en quête de “J’aime”, d’“amis”, de points ou de niveaux de jeu – et, parce que c’est stimulant, ils croient atteindre une forme de bonheur et de réussite, plus accessible à leurs yeux qu’en menant à bien les activités qui doivent être celles des enfants, certes moins gratifiantes mais essentielles pour leur développement.

Les techniques de séduction numériques fonctionnent très bien sur les adultes mais elles sont plus efficaces encore pour influencer le cerveau, en plein développement, des enfants et des adolescents. Selon Fogg (l’un des pionniers du domaine) :

« Les jeux vidéo, plus que toute autre activité culturelle, offrent des récompenses, en particulier aux jeunes garçons. Les adolescents sont programmés pour rechercher une forme de savoir-faire. Maîtriser notre monde et dominer les autres dans n’importe quel domaine. Les jeux vidéo, en distribuant des récompenses, peuvent nous laisser croire que nous avons de plus en plus de savoir-faire, que nous pouvons à chaque seconde devenir meilleurs dans un domaine. »

B. J. Fogg n’est peut-être pas très connu, mais pour « Fortune Magazine », c’est le « nouveau gourou à connaître » et ses recherches inspirent partout dans le monde des légions d’UX designers, les concepteurs de ce que l’on appelle l’expérience utilisateur : ces derniers exploitent et développent les modèles de persuasive design inventés par Fogg (…). Les concepteurs UX viennent de nombreuses disciplines, de la psychologie aux neurosciences en passant par l’informatique (…). Cependant, l’ordinateur n’est pas le ressort principal des modifications comportementales. « Le chaînon manquant, ce n’est pas la technologie, c’est la psychologie », explique Fogg (…).

Selon B. J. Fogg, le « modèle comportemental Fogg » est une méthode éprouvée pour modifier le comportement. Pour faire simple, il repose sur trois facteurs essentiels : la motivation, la capacité et les stimulations. Expliquant comment sa formule permet d’attirer des gens sur un réseau social, le psychologue déclare, dans un article universitaire, que le désir de « s’intégrer dans le groupe social » est un levier de motivation essentiel, même s’il voit un levier plus puissant encore : le désir « de ne pas être exclu du groupe social ». En ce qui concerne la capacité, Fogg insiste pour que les objets numériques soient conçus de sorte que les utilisateurs aient à « réfléchir le moins possible ». C’est pourquoi les réseaux sociaux sont conçus pour être simples d’utilisation (on notera au passage que c’est là le premier des principes de Skinner). Enfin Fogg dit que les utilisateurs potentiels, pour revenir sur un site, doivent réagir à des stimulations. C’est le rôle d’une myriade de petites astuces numériques, comme l’envoi de notifications incessantes pour exhorter les utilisateurs à admirer les photos de leurs amis, ou leur signifier qu’ils ratent quelque chose à ne pas être connectés, ou leur suggérer de vérifier – encore une fois – si quelqu’un a aimé leurs propres publications ou leurs photos.

La méthode de Fogg est bel et bien la voie à suivre pour qu’une entreprise de jeux vidéo ou de réseaux sociaux devienne multimilliardaire. Pourtant, s’agissant de l’impact qu’ont ces techniques appliquées aux enfants et aux adolescents, des questions morales sont passées sous silence. Peut-on, par exemple, se servir de la crainte d’être exclu du groupe pour obliger les enfants à utiliser les réseaux sociaux de manière compulsive ? Est-il acceptable que les plus jeunes soient détournés de leurs devoirs scolaires, lesquels exigent un effort de pensée important, pour passer leur vie sur des réseaux sociaux ou dans des jeux vidéo ne demandant presqu’aucune réflexion ? Est-il acceptable que des “stimulations” incitent en permanence les enfants à utiliser des objets numériques à caractère commercial, au détriment de leur vie de famille et d’autres activités importantes pour la vraie vie ? »

Pirater le cerveau

Les technologies séductives fonctionnent en déclenchant la libération de dopamine, un puissant neurotransmetteur (dont nous avons déjà parlé dans les articles précédents) impliqué dans les circuits de la récompense, de l’attention et de la dépendance. Dans la région de Venice (Los Angeles) surnommée “Silicon Beach”, la start-up Dopamine Labs3 vante de la façon suivante son usage des techniques de séduction numériques pour augmenter les profits : « Connectez votre application à notre Persuasive IA [Intelligence Artificielle] et augmentez l’engagement dans votre application et vos revenus jusqu’à 30% en donnant à vos utilisateurs nos poussées de dopamine parfaitement dosées » et « Une poussée de dopamine ne fait pas seulement du bien : il est prouvé qu’elle redéfinit le comportement et les habitudes des utilisateurs ».

Ramsay Brown, le fondateur de Dopamine Labs, a récemment déclaré :

« Nous avons aujourd’hui développé une rigoureuse technologie de l’esprit humain, ce qui est à la fois passionnant et terrifiant. Les machines apprennent de façon autonome et nous avons la possibilité d’actionner les boutons de leur tableau de bord encore en construction. Dans le monde entier, des centaines de milliers de personnes vont, sans s’en rendre compte, changer de comportement d’une façon qui semblera, en apparence, toute naturelle mais sera parfaitement conforme à un programme. »4

Pour les développeurs, cette pratique a un nom : « pirater le cerveau ». De fait, c’est contraindre les utilisateurs à passer plus de temps sur des sites tout en leur laissant croire qu’ils le font de leur plein gré.

Les réseaux sociaux et les jeux vidéo utilisent une technique éprouvée pour manipuler le cerveau : la récompense aléatoire (pensez aux machines à sous – on retrouve là le deuxième principe de Skinner). Les utilisateurs ne savent jamais quand ils obtiendront le prochain “j’aime” ou la prochaine gratification dans le jeu : ils les reçoivent au moment optimal pour provoquer la plus grande excitation possible et les garder sur le site. Des rangées entières d’ordinateurs emploient l’AI pour “apprendre” lequel, parmi un nombre incalculable de facteurs de persuasive design, pourra accrocher les utilisateurs. Un profil des vulnérabilités spécifiques de chaque utilisateur est développé en temps réel et exploité pour le garder sur un site et le faire revenir encore et encore, pendant des périodes de plus en plus longues. Voilà comment grimpent les bénéfices des entreprises Internet grand public, dont les revenus sont indexés sur le taux d’utilisation de leurs produits.

Ces techniques clandestines pour réaliser des profits en manipulant les utilisateurs sont considérées par les développeurs comme un « dark design ». Pourquoi des entreprises recourraient-elles à de telles stratégies ? Comme le dit Bill Davidow dans un article de « The Atlantic »

« Les dirigeants des entreprises Internet sont confrontés à un impératif plaisant, si ce n’est moralement discutable : ou bien détourner les neurosciences pour gagner des parts de marché et réaliser de gros profits, ou bien laisser leurs concurrents les détourner et conquérir le marché à leur place. »5

Rares sont les secteurs industriels sans foi ni loi comme la Silicon Valley. Les grandes entreprises de réseaux sociaux ou de jeux vidéo se croient dans l’obligation de déployer de telles technologies dans ce qui constitue une course aux armements pour capter l’attention, réaliser des profits et tout simplement survivre. Le bien-être des enfants n’est guère pris en compte dans leurs calculs et dans leurs décisions. »

La suite de l’article est édifiante : l’auteur nous explique comment les entreprises surveillent en temps réel les publications, les interactions et les photos des adolescents sur les réseaux sociaux afin d’identifier les moments où ils se sentent « en manque de confiance », « inutiles », « stressés » ou « en échec ». L’entrée dans la vie émotionnelle des enfants permet de maximiser les chances qu’ils ne puissent résister à la tentation d’un nouveau « shot » de dopamine. Le but étant de vendre les annonces publicitaires juste « aux moments où les jeunes ont besoin d’un petit coup de pouce »… Qui est réellement surpris ?

Dopamine vs Ocytocine, Plaisir vs Bonheur, Court terme vs Long terme

A travers son socle éthique et ses principes, la permaculture est une tentative pour dépasser le paradigme rationnel-industriel (le niveau orange dans la spirale dynamique) et proposer une vision du monde basée sur l’approche systémique (« tout est lié »). Ce n’est pas par hasard si les pionniers de la permaculture sont apparus dans les années 60-70, au moment où l’agriculture industrielle s’imposait sur tous les continents : ils commençaient à percevoir les dérives d’une approche fragmentaire et utilitariste du vivant.

La dérive de l’agriculture industrielle est en effet liée à son obsession pour la « réussite » à court terme (sans se soucier de la dégradation de l’environnement général), couplée à une vision mécaniste qui utilise les connaissances nouvelles acquises au XXème siècle sur le fonctionnement des plantes et leurs besoins pour faire évoluer l’agronomie dans le sens d’une simplification à outrance de la pratique. En résumé : Eau + sels minéraux (NPK) + soleil = croissance des plantes. Exit la vie du sol, les insectes (qui sont pourtant pollinisateurs !), les arbres (qui produisent de l’oxygène !), etc… Résultat : des plantes malades, une diversité génétique réduite à néant, des sols morts et une érosion galopante, sans compter la dépendance totale des agriculteurs aux produits de l’industrie pétrochimique.

Il est clair que les avancées récentes dans la compréhension du cerveau humain donnent du grain à moudre aux individus, entreprises, et même enseignants qui sont aveuglés par les lumières de la société industrielle. Comme la plante, le cerveau est maintenant « gavé » de stimuli conçus pour activer la production de dopamine et enclencher l’acte d’achat et le comportement de dépendance. Et comme pour les rats de Skinner, cela modifie durablement son comportement, l’empêchant d’accéder au bonheur.

Dans son ouvrage, The hacking of the American Mind, Robert Lustig estime en effet que le bonheur n’est pas la conséquence de l’accumulation du plaisir, et que ce dernier pourrait même lui être nuisible. Et la raison en est assez simple: ces deux sensations dépendent en réalité de deux neurotransmetteurs distincts. La dopamine, à l’origine du plaisir, est vue comme une récompense, alors que la sérotonine, produit une sensation de bonheur plus durable. L’auteur postule que ce mécanisme de récompense a été hacké par les grandes compagnies pour nous faire toujours plus consommer, en entretenant savamment la confusion entre bonheur et plaisir… Elle nous vendent du bonheur, mais c’est du plaisir, immédiat, addictif, qu’elles nous offrent.

 

La logique mécaniste fragmentaire et la vision centrée sur la réussite à court-terme permettent tous les abus, jusqu’à la mise en place de stratégies pour « doper » les capacités du cerveau humain (voir les ouvrages sur ce sujet de Idriss Aberkane, auteur notamment de Libérez votre cerveau), ou le développement de thèses post- et trans- humanistes plaidant pour un eugénisme social et appelant à la rénovation des systèmes éducatifs pour aller vers la neuroéducation ou la neuroaugmentation et pouvoir rivaliser ainsi avec l’intelligence artificielle (voir La guerre des intelligences de Laurent Alexandre).

Double nécessité : une pensée qui relie et une éthique de l’humain

Mais cette réappropriation des découvertes par les tenants du prisme rationnel-industriel ne doit pas nous faire oublier l’impact qu’elles peuvent avoir sur notre propre recherche. Il ne s’agit pas simplement d’échapper à la vision fragmentaire et de court-termiste ainsi qu’au mythe scientiste / transhumaniste : Comment construire des systèmes apprenants qui prennent réellement « soin » de l’humain ?

La première nécessité réside dans le fait d’enseigner (dans) la complexité. En tant que science systémique, la permaculture trouve naturellement ses racines dans la pensée complexe, qui vise à faire la synthèse entre l’holisme et le réductionnisme en adoptant une formulation qu’on pourrait résumer ainsi : « Le tout est autre que la somme de ses parties. »

« Nous devons penser l’enseignement à partir de la considération des effets de plus en plus graves de l’hyperspécialisation des savoirs et de l’incapacité à les articuler les uns aux autres », propose Edgar Morin dans son ouvrage Enseigner à vivre. « Connaître, c’est dans une boucle ininterrompue, séparer pour analyser, et relier pour synthétiser ou complexifier. La prévalence disciplinaire, séparatrice, nous fait perdre l’aptitude à relier, l’aptitude à contextualiser, c’est à dire à situer une information ou un savoir dans son contexte naturel (…). Il est évident que la réforme de pensée ne vise pas à nous faire annuler nos capacités analytiques ou séparatrices mais à y adjoindre une pensée qui relie ».

Il ne s’agit pas de détruire, il s’agit de relier. Edgar Morin.

Pour « entrer en complexité », Edgar Morin propose de s’appuyer sur des concepts, des conceptions qu’il appelle « opérateurs de reliance », et dont les permaculteurs sont assez familiers (ils gravitent tous autour du principe « intégrer plutôt que séparer« ) : le système, la causalité circulaire, la dialogique (dont nous avons déjà décrit certains principes dans cet article), le principe hologrammatique (non-seulement une partie se trouve dans le tout, mais le tout se trouve aussi dans la partie). Afin d’introduire initialement la pensée complexe dans les systèmes apprenants, il propose que les éducateurs « s’autoéduquent avec l’aide des éduqués » (une vision dans la lignée des travaux du pédagogue brésilien Paulo Freire : voir l’article sur la place particulière du maître et de l’élève dans le système apprenant). Il suggère dès l’école primaire un programme interrogatif (interroger l’homme, découvrir sa triple nature : biologique, psychologique et sociale), et de favoriser évidemment dès le secondaire et jusqu’à l’université la transdisciplinarité de l’enseignement. En résumé, il nous invite à « apprendre à apprendre », c’est à dire « apprendre, à la fois en séparant et en reliant, analysant et synthétisant :

  • à considérer les objets non plus comme des choses, closes sur elles-mêmes, mais comme des systèmes communicant entre eux et avec leur environnement, cette communication faisant partie de leur organisation et de leur nature même ;
  • à dépasser la causalité linéaire « cause effet » pour apprendre la causalité mutuelle, inter-relationnelle, circulaire (rétroactive, récursive), les incertitudes de la causalité (pourquoi les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets quand les réactions des systèmes qu’elles affectent sont différentes, et pourquoi des causes différentes peuvent susciter les mêmes effets) ;
  • à saisir le défi de la complexité qui nous vient de tous les domaines de la connaissance et de l’action, et le mode de penser apte à répondre à ce défi. »

Toujours selon Edgar Morin : « Un tel mode de penser nécessite l’intégration de l’observateur dans son observation, c’est à dire l’examen de soi, l’autoanalyse, l’autocritique. L’autoexamen doit être enseigné dès le primaire et tout le long de celui-ci : on étudierait notamment comment les erreurs ou déformations peuvent survenir dans les témoignages les plus sincères ou convaincus ; la façon dont l’esprit occulte les faits qui gênent la vision du monde ; comment la vision des choses dépend moins des informations reçues que de la façon dont est structuré le mode de penser. »

La seconde nécessité émerge de la première : il s’agit de renouer avec l’éthique

Egar Morin considère que l’émergence de la pensée complexe « peut réveiller les aspirations et le sens de la responsabilité inné en chacun de nous, faire renaître le sentiment de solidarité qui se manifeste peut-être plus particulièrement chez certains, mais qui est potentiel en tout être humain ». C’est donc d’abord une éthique de la responsabilité qui émerge directement de l’approche systémique.

Pour lui l’approche transdisciplinaire nous incite ensuite à une « éthique de la compréhension » : un être humain n’est pas le même à tout moment de son existence ; il ne devrait donc pas être réduit à ses actions passées. « Réduire une personne à son passé », dit-il, « c’est le mutiler de ses évolutions ultérieures (…). C’est la tendance à la réduction qui nous prive de la compréhension : entre les peuples, entre les nations, entre les religions. C’est elle qui fait que l’incompréhension règne au sein de nous-mêmes, dans la cité, dans nos relations avec autrui, au sein des couples, entre parents et enfants (…). La réforme de pensée porte en elle des virtualités qui dépassent la réforme de l’éducation elle-même ».

Enfin, l’enseignement doit « amener à une « anthropo-éthique » par la considération du caractère ternaire de la condition humaine, qui est à la fois individu-société-espèce. Nous reviendrons sur cette question de « l’éthique du genre humain » dans un prochain article.

En savoir + : Enseigner à vivre, Edgar Morin, Collection Domaine du Possible, Editions Actes Sud

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