Dans les épisodes précédents, nous avons découvert le modèle « Ikigaï », un outil de design de vie, et qui permet aussi d’apprendre à déjouer les mécanismes cognitifs qui nous empêchent de prendre des décisions respectueuses de nos aspirations profondes. Motivés par l’envie d’appliquer les outils de la permaculture aux systèmes apprenants, nous nous interrogeons maintenant sur les applications de ce modèle dans un contexte plus collectif.

En 1997, le champion du monde d’échecs, Garry Kasparov, est battu par l’ordinateur Deep Blue d’IBM. « C’est un jour déprimant pour le genre humain », commente The Guardian. Vingt ans plus tard, Kasparov lui-même enfonce le clou : « Pour la première fois de l’histoire, les machines menacent des emplois que l’on exerce grâce à des diplômes. » Pourtant notre système éducatif sélectionne toujours sur la mémorisation et le calcul, alors que n’importe quelle machine effectue ces tâches de manière plus efficace que l’homme.

Nous sommes en train de vivre une transition majeure dans notre évolution : le développement des intelligences artificielles et les découvertes en génétique posent des défis inégalés à l’espèce humaine. Comment l’éducation, la recherche peuvent nous aider à trouver du sens ? Quelle est la place de l’humain dans un monde de machines ? Comment s’appuyer sur la technologie pour développer nos capacités individuelles et notre intelligence collective ?

François Taddei, polytechnicien, biologiste, chercheur à l’Insern et fondateur du Centre de Recherche Interdisciplinaires à Paris plaide pour une (r)évolution de nos savoirs. Théoricien de la « société apprenante », il nous présente dans cette vidéo l’Ikigaï comme outil au service de la recherche de sens, et interroge le système éducatif dans sa capacité à guider les personnes vers leur « Ikigaï ».

En partant de notre passion, on peut se mettre en mouvement, découvrir de quoi le monde à besoin, en entrant dans un mode de pensée fractal (du local au global) qui nous amène à nous sentir membres de différentes communautés avec différentes formes de vivre ensemble, mais qui sont fondamentalement compatibles.

Ce sentiment d’appartenance conduit à une éthique de la responsabilité et de l’action (une « Phronesis », qui avec Epistémé, la connaissance du monde et Technè, la connaissance de « comment j’agis sur le monde », sont les trois formes de la connaissance au sens aristotélicien). Je prends conscience que mes actions vont avoir un impact, non seulement ici et maintenant pour moi, mais aussi très loin de nous et dans le futur (biodiversité, climat, pollution des océans, etc…).

Ces dimensions ne doivent pas être opposées, mais au contraire conciliées : si la place que j’occupe aujourd’hui ne répond pas à mes besoins d’aujourd’hui, ou aux besoins du monde pour demain, c’est que je ne suis pas à la bonne place. C’est tout ça qui entre en jeu dans la recherche de l’Ikigaï.

Comment concevoir des systèmes apprenants qui permettent à chacun-e de trouver son Ikigaï ?

Le designer d’un système apprenant, pourra chercher à favoriser la création d’un environnement propice où chque individu pourra trouver son Ikigaï. Cet environnement pourrait se pencher sur les dimensions suivantes :

1. Créer et préserver des pratiques de bienveillance et non-jugement dans le système

2. Encourager des pratiques d’exploration individuelles et collectives (posture du « chercheur »)

3. Développer la sérendipité (Ne pas toujours tout planifier, et en tout état de cause, toujours laisser une place au « vivant »)

4. Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des itérations ( “Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends.” Nelson Mandela)

2 thoughts on “Ikigaï (3/3) : Quelles applications dans les systèmes apprenants ?”

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